21h47.
Les enfants sont couchés depuis vingt minutes, la vaisselle est faite.
Pour la première fois de la journée, il n'y a plus rien à faire.
Tu t'assois dans le canapé avec ton téléphone. Tu voulais juste vérifier un truc.
Tu ouvres tes mails. Il y a ce client qui t'a écrit deux fois cet après-midi, et qui relance ce soir.
Tu le lis en entier. Tu commences à répondre. Tu t'arrêtes au milieu, trop fatiguée pour formuler correctement.
Tu refermes sans répondre. Et tu sais que tu vas y penser toute la soirée.
Tu ouvres Instagram.
Une autre entrepreneuse annonce un lancement complet, propre, bien fait.
Toi, tu n'as rien publié depuis onze jours. Tu scrolles encore sept minutes sans rien voir.
Ton ou ta partenaire te demande si tu as passé une bonne journée.
Tu réponds que oui, ça va.
C'est plus court que la vérité, et tu n'as pas l'énergie d'expliquer.
Tu montes te coucher à 23h10. Épuisée.
Et tu ne t'endors pas avant minuit et demi, parce que c'est là que la liste se déroule :
- le devis pas envoyé
- la facture à relancer
- le client de cet après-midi
- la déclaration que tu repousses depuis trois semaines
- l'idée que tu as eue mardi et que tu as déjà oubliée
Et à un moment, dans le noir, il y a cette pensée qui passe.
"J'ai monté tout ça pour être libre."
Puis une autre. Celle que tu ne dis à personne. Parce que tu as quitté quelque chose de stable pour ça, que les gens t'ont dit que tu étais courageuse, et que le lendemain tu publieras un post sur le fait que tu adores ce que tu fais. Ce qui est vrai aussi. C'est bien ça qui la rend impossible à dire.
"Je crois que je préférais mon ancien boulot."
Si tu te reconnais, respire. Tu n'es pas nulle. Et je sais que tu n'es pas restée les bras croisés.